Soignants et praticiens du bien-être sous le même toit : ce que permettent les Ordres
Aucun texte n'interdit à un soignant de partager des locaux avec un praticien du bien-être, mais aucun ne l'autorise expressément. Le Conseil national de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes l'admet si les activités restent strictement séparées et sans confusion pour le public (avis n° 2018-04 des 12 et 13 décembre 2018), et le compérage reste interdit (R.4321-71 pour les kinés, R.4127-23 pour les médecins). Le lieu ne doit pas devenir un local commercial, et les pratiques à risque de dérive sont à écarter.
Mis à jour le 24 octobre 2026 · chiffres recalculés chaque heure depuis les fiches de l'annuaire.
Ce que dit l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes
L'avis n° 2018-04 du Conseil national de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, adopté les 12 et 13 décembre 2018, est le texte le plus précis sur la question. Il part d'un constat : rien n'interdit au kinésithérapeute de partager ses locaux, y compris la salle d'attente, avec une personne qui n'est pas professionnel de santé, mais rien ne l'autorise non plus expressément.
L'Ordre pose donc des conditions. Chacun exerce de façon indépendante, dans son propre champ. Le public ne doit pas confondre les compétences de l'un et de l'autre du seul fait du partage des locaux. Et le non-soignant ne doit pas profiter de la proximité du kinésithérapeute pour laisser croire qu'il pratique des actes thérapeutiques.
- Activités strictement séparées, sans confusion pour le public.
- Salles insonorisées, matériel informatique qui n'est pas commun.
- Armoires qui contiennent des données couvertes par le secret fermées à clé.
- Aucune publicité du kinésithérapeute (R.4321-67), même indirecte, par le voisinage.
- Aucun acte réservé au kinésithérapeute pratiqué par le voisin.
Le compérage : l'interdit commun à tous les Ordres
Le compérage est une entente pour s'adresser des patients ou des clients, avec ou sans argent. Il est interdit au kinésithérapeute avec tout autre professionnel ou toute autre personne (R.4321-71). Pour le médecin, l'article R.4127-23 interdit tout compérage entre médecins, avec des auxiliaires médicaux ou avec « toutes autres personnes physiques ou morales ».
L'Ordre des médecins précise dans son commentaire que le compérage peut exister sans aucun versement d'argent, dès qu'il y a une communauté d'intérêts, et que les professionnels installés dans les mêmes locaux sont particulièrement exposés.
Pour un lieu mixte, la conséquence est concrète : aucune rétribution pour les patients adressés, pas de forfait commun « bilan kiné et séance de bien-être », pas de remise croisée. Chaque praticien fixe et encaisse ses propres prix. Le prix du cabinet reste fixe, jamais un pourcentage des honoraires.
Le lieu ne doit pas devenir un local commercial
Plusieurs professions de santé ne peuvent pas exercer dans un local commercial ou dans un lieu où sont vendus des produits liés à leur activité : les médecins (R.4127-25), les kinésithérapeutes (R.4321-73), les infirmiers (R.4312-77), les sages-femmes et, dans un local à finalité commerciale, les pédicures-podologues (R.4322-44).
Un praticien du bien-être qui vend des huiles, des compléments alimentaires ou des appareils dans le même espace peut faire basculer le lieu du côté commercial. Notre lecture prudente : dans un lieu qui accueille des soignants, aucune vente de produits dans les parties communes, et aucune vitrine.
Les pratiques à risque de dérive
L'avis de l'Ordre des kinésithérapeutes demande d'éviter la cohabitation avec des pratiques dites non conventionnelles et de ne pas être associé, même indirectement, à des dérives sectaires. Selon la MACSF, la Miviludes et l'Ordre ont mis en garde contre le reiki et la kinésiologie, et la santé et le bien-être représentent 37 % des signalements reçus par la Miviludes sur 2022-2024.
Le médecin, lui, ne doit accorder aucune facilité à l'exercice illégal de la médecine (R.4127-30). Le commentaire de l'Ordre cite comme exemples le fait d'adresser des patients à des personnes sans titre ou de consulter en présence d'un magnétiseur ou d'un guérisseur.
Les signes d'alerte sont connus : promesse de guérison, dénigrement de la médecine, conseil d'arrêter un traitement, prix excessifs, isolement de la personne. Un gérant qui les repère chez un occupant doit pouvoir mettre fin à la convention.
Comment organiser un lieu mixte
- Des cabinets fermés et insonorisés, attribués à une activité claire à chaque créneau.
- Une signalétique qui distingue les soignants (titre, numéro RPPS ou Ordre) et les praticiens du bien-être (« sans visée thérapeutique »).
- Une salle d'attente commune possible, mais un affichage qui ne mélange pas les deux.
- Des fiches distinctes sur le site et les annuaires : pas de page « nos soins » qui mêle massage bien-être et kinésithérapie.
- Une convention qui interdit toute allégation thérapeutique aux praticiens du bien-être et toute vente de produits dans les parties communes.
- Un règlement intérieur qui prévoit la fin de la convention en cas de dérive.
Et les autres Ordres ?
L'avis de 2018 vise les kinésithérapeutes. Les autres Ordres n'ont pas, à notre connaissance, publié d'avis aussi détaillé, mais leurs codes posent les mêmes bornes : pas de compérage, pas de local commercial, secret professionnel, aucune caution donnée à une pratique sans fondement.
Les professions de santé sans Ordre (orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeutes, diététiciens) n'ont pas de code de déontologie réglementaire, mais restent tenues au secret. Pour un cas précis, la bonne démarche est d'interroger le conseil départemental de l'Ordre concerné avant de signer. Ce guide ne remplace pas son avis.
Questions fréquentes
Un kiné peut-il partager son cabinet avec un praticien de massage bien-être ?
Oui, si les activités restent strictement séparées et que le public ne peut pas les confondre (avis n° 2018-04 du Conseil national de l'Ordre). Le praticien du bien-être présente un massage « sans visée thérapeutique » et ne pratique aucun acte réservé au kinésithérapeute.
Peut-on partager une salle d'attente entre soignants et thérapeutes bien-être ?
Aucun texte ne l'interdit aux kinésithérapeutes, selon l'avis de leur Ordre analysé par la MACSF. La condition est d'éviter toute confusion : affichage séparé, plaques distinctes, et aucune information sur les patients visible dans l'espace commun.
Un médecin peut-il sous-louer un cabinet à un magnétiseur ?
Le médecin ne doit accorder aucune facilité à l'exercice illégal de la médecine (R.4127-30), et le commentaire de l'Ordre cite le fait de consulter en présence d'un magnétiseur. Avant de signer, interrogez le conseil départemental de l'Ordre des médecins.
Peut-on adresser ses patients à un praticien du bien-être du même lieu ?
Orienter une personne ponctuellement n'est pas interdit, mais toute entente qui organise ces adresses, avec ou sans argent, peut constituer un compérage (R.4321-71, R.4127-23). Aucune rétribution, pas de forfait commun, pas de remise croisée.
Quelles pratiques éviter dans un lieu qui accueille des soignants ?
L'Ordre des kinésithérapeutes demande d'éviter les pratiques non conventionnelles à risque de dérive ; la MACSF cite le reiki et la kinésiologie, visés par des mises en garde de la Miviludes. Écartez toute pratique qui promet de guérir ou conseille d'arrêter un traitement.
Sources
Textes officiels relus le 22 octobre 2026. Ils ne remplacent pas l'avis de l'Ordre ou de l'organisme de la profession.
- Avis n° 2018-04 du Conseil national de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes : partage des locaux
- Partage d'un cabinet de kinésithérapie avec un non-professionnel de santé (MACSF, 24 septembre 2025)
- Ordre des médecins, article 23 du code de déontologie (R.4127-23) : compérage
- Ordre des médecins, article 30 du code de déontologie (R.4127-30) : complicité d'exercice illégal
- Code de la santé publique, article R.4312-77 (infirmiers, local commercial)
- Code de la santé publique, article R.4127-25 (médecins, locaux commerciaux)
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