Un kinésithérapeute peut-il exercer dans un coworking ?
Oui, à des conditions précises. Le code de déontologie interdit au kinésithérapeute d'exercer dans des locaux commerciaux ou dans un lieu qui vend des dispositifs médicaux qu'il peut prescrire (R.4321-73), mais le Conseil national de l'Ordre admet le partage des locaux avec des non-professionnels de santé si les activités sont strictement séparées (avis n° 2018-04). Un coworking santé, avec une salle de soins fermée et occultée, est la configuration la plus simple à justifier.
Mis à jour le 22 octobre 2026 · chiffres recalculés chaque heure depuis les fiches de l'annuaire.
Que dit le code de déontologie sur le lieu d'exercice ?
Le masseur-kinésithérapeute exerce une profession de santé. Il doit être inscrit au tableau de l'Ordre (code de la santé publique, L.4321-10). Son code de déontologie, intégré au code de la santé publique, encadre directement le choix du local.
Deux règles comptent pour un coworking. La première : « la masso-kinésithérapie ne doit pas être pratiquée comme un commerce » (R.4321-67). La seconde : le kinésithérapeute ne peut pas exercer « dans des locaux commerciaux », ni dans un lieu où sont vendus des dispositifs médicaux qu'il peut prescrire (R.4321-73).
Le texte ne parle pas du coworking en tant que tel. La vraie question est donc la nature du lieu, pas son nom. Un espace pensé pour les soins et un local de vente sont deux situations différentes. Si le lieu mêle soins et vente de produits, posez la question au conseil départemental de l'Ordre avant de signer.
- Pas d'exercice comme un commerce (R.4321-67).
- Pas de locaux commerciaux (R.4321-73).
- Pas de lieu qui vend des dispositifs médicaux que vous pouvez prescrire (R.4321-73).
Peut-on partager les locaux avec des praticiens qui ne sont pas soignants ?
Oui. Dans son avis n° 2018-04 des 12 et 13 décembre 2018, le Conseil national de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes écrit : « Aucune disposition législative ou réglementaire n'interdit le partage des locaux et plus particulièrement de la salle d'attente » avec des non-professionnels de santé.
Cet avis pose trois conditions. Si elles sont réunies, un coworking qui accueille à la fois des kinésithérapeutes, des sophrologues ou des praticiens du massage bien-être reste compatible avec la déontologie.
Un point mérite l'attention : le massage. La Cour de cassation juge que le monopole des kinésithérapeutes ne couvre que le massage à but thérapeutique (chambre criminelle, 29 juin 2021, n° 20-83.292, confirmé le 17 septembre 2024, n° 23-84.023). Un voisin qui pratique un massage bien-être, sans visée thérapeutique, ne fait donc pas un acte réservé.
- Les activités sont « strictement séparées ».
- Le public ne peut pas confondre le kinésithérapeute et ses voisins.
- Aucun voisin ne pratique un acte réservé au kinésithérapeute.
Quelles conditions doit remplir la salle de soins ?
Le code demande une installation convenable, qui permet de respecter le secret professionnel et l'hygiène. Il précise que « les vitrines, portes et fenêtres doivent être occultées » et prévoit l'élimination des déchets infectieux (R.4321-114). La plaque se pose à l'entrée de l'immeuble et à la porte du cabinet « avec discrétion » (R.4321-125).
L'avis n° 2018-04 détaille la confidentialité attendue en cas de partage : « bureaux et ordinateurs séparés, insonorisation des salles de soins, armoires fermées à clefs ».
Si vous produisez des déchets de soins à risque infectieux, vous en restez responsable jusqu'à leur élimination, même dans un coworking (code de la santé publique, R.1335-1 et R.1335-2). Il faut une convention écrite avec un collecteur, et les bordereaux se gardent 3 ans.
- Salle de soins fermée, insonorisée, aux vitres et portes occultées.
- Armoire fermée à clé pour vos dossiers, ordinateur à vous.
- Plaque discrète à l'entrée et à la porte.
- Convention de collecte des déchets de soins à votre nom.
Cabinet principal ou cabinet secondaire : quelle démarche ?
Si le coworking s'ajoute à votre cabinet principal, il devient un cabinet secondaire. Le code en autorise un seul, sur simple déclaration au conseil départemental. Au-delà, il faut une autorisation, accordée en cas de carence ; le silence gardé pendant 2 mois vaut accord (R.4321-129).
Si un autre kinésithérapeute exerce déjà dans l'immeuble, il vous faut son accord ou, à défaut, l'autorisation de l'Ordre ; là aussi, le délai est de 2 mois (R.4321-133). Dans un coworking santé qui accueille déjà des confrères, faites cette démarche avant de réserver vos créneaux.
Pensez enfin à vos contrats. Les contrats d'exercice se communiquent à l'Ordre (L.4113-9, applicable aux kinésithérapeutes par renvoi). Demandez au conseil départemental lesquels il attend, la convention du coworking comprise.
Comment payer le coworking sans risque déontologique ?
Le partage d'honoraires est interdit au kinésithérapeute, sauf contrats validés par l'Ordre (R.4321-70). Plus largement, la loi interdit à toute personne non qualifiée de recevoir tout ou partie des honoraires (L.4113-5). Notre lecture prudente : payez un prix fixe (à l'heure, à la demi-journée ou au mois), jamais un pourcentage de votre chiffre d'affaires.
Côté TVA, vos soins sont exonérés (code général des impôts, 261-4-1°). Vous ne récupérez donc pas la TVA payée sur votre loyer. Or un local meublé ou agencé pour l'activité est en principe soumis à la TVA, alors que la location de locaux nus en est exonérée (CGI, 261 D 2°). Comparez toujours les prix TTC.
Pour situer un budget, au 22 octobre 2026, les cabinets loués à l'heure dans l'annuaire esthéJob se louent de 6 € à 25 € de l'heure (médiane 15 €).
Comment vérifier un coworking avant de signer ?
Une visite et quelques questions suffisent à écarter la plupart des risques. L'annuaire esthéJob recense 31 lieux qui accueillent déjà des soignants : c'est un bon point de départ, car ces lieux connaissent souvent les exigences des Ordres.
- Le lieu vend-il des produits ou des dispositifs médicaux au public ? Si oui, interrogez l'Ordre.
- La salle de soins est-elle fermée, insonorisée, occultée ?
- Un autre kinésithérapeute exerce-t-il dans l'immeuble ? Si oui, son accord ou celui de l'Ordre (R.4321-133).
- Le prix est-il fixe, et annoncé TTC ?
- Votre RC Pro couvre-t-elle ce lieu ? Elle est obligatoire pour tout professionnel de santé libéral (L.1142-2).
- Qui tient le registre public d'accessibilité ? Un cabinet paramédical est un établissement recevant du public de 5e catégorie, type U ; dans un coworking, c'est en principe l'exploitant (lecture à confirmer).
Questions fréquentes
Un kinésithérapeute peut-il exercer dans un institut de beauté ?
Le code interdit les locaux commerciaux et les lieux qui vendent des dispositifs médicaux que le kinésithérapeute peut prescrire (R.4321-73). Un institut qui vend des produits au public pose donc question : interrogez le conseil départemental de l'Ordre avant tout projet. Partager une salle d'attente avec des non-soignants reste admis par l'avis n° 2018-04, si les activités sont strictement séparées.
La salle d'attente peut-elle être commune avec d'autres praticiens ?
Oui. L'avis n° 2018-04 du Conseil national indique qu'aucun texte n'interdit le partage des locaux « et plus particulièrement de la salle d'attente », à condition qu'il n'y ait aucune confusion pour le public.
Faut-il prévenir l'Ordre avant de louer un cabinet à l'heure ?
Si ce cabinet s'ajoute à votre cabinet principal, oui : c'est un cabinet secondaire, à déclarer au conseil départemental (R.4321-129). Si un confrère exerce déjà dans l'immeuble, il faut son accord ou l'autorisation de l'Ordre (R.4321-133).
Le coworking peut-il me facturer un pourcentage de mes honoraires ?
C'est à éviter. Le partage d'honoraires est interdit sauf contrats validés par l'Ordre (R.4321-70), et une personne non qualifiée ne peut pas recevoir tout ou partie des honoraires (L.4113-5). Un prix fixe est la solution la plus sûre.
Sources
Textes officiels relus le 22 octobre 2026. Ils ne remplacent pas l'avis de l'Ordre ou de l'organisme de la profession.
- Code de déontologie des masseurs-kinésithérapeutes, publié par l'Ordre
- Avis n° 2018-04 du Conseil national de l'Ordre : partage des locaux avec des non-professionnels de santé
- Code de la santé publique, article L.4113-9 (communication des contrats)
- Code de la santé publique, article L.4113-5 (honoraires)
- Massages bien-être : la fin du monopole des kinésithérapeutes (MACSF, Cass. crim. 29/06/2021 et 17/09/2024)
- DASRI : obligations du producteur (ARS PACA)
- Accessibilité du cabinet : ERP et registre (Conseil national de l'Ordre des médecins)
- TVA : locaux meublés ou agencés (BOFiP)
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